1 - Les débuts
Dès 1958, avant même la création de l'association, l'école forte de l'expérience acquise dans les années précédentes par Soeur Saint François de Borgia est en
activité ; elle dispose de 2 classes plus une salle de dactylographie et prépare aux CAP commerciaux. Elle compte 25 élèves et 2 enseignantes : la Soeur fondatrice elle-même, professeur
d'enseignement commercial et directrice, ainsi que Mme R. Lormeau, professeur de sténo-dactylo.
En 1959 s'ajoutent M. Picaud, professeur de comptabilité (et membre du conseil d'administration), Mme G. Delage, professeur de français et d'anglais, ainsi que Mme J. Thermidor, professeur
d'enseignement général. Temps "héroïques" où tout manque, locaux adéquats, matériels, moyens financiers, sauf la volonté et la confiance. Parmi les "pionniers" cités précédemment, certains feront
preuve d'une grande longévité à leur poste : Soeur Saint François de Borgia demeurera à la direction jusqu'en 1984, Mmes Thermidor et Lormeau ne prendront leur retraite, respectivement qu'en 1993
et 1994.
Durant ces 25 premières années, l'établissement va se consolider, voir exploser ses effectifs, diversifier ses enseignements et gagner de "l'espace".
2 - L'explosion des effectifs
Le nombre d'élèves et d'enseignants croît rapidement. Ainsi en 1963, on compte 6 professeurs pour 79 élèves, en 1969, 24 professeurs pour 242 élèves, en 1975, 37 professeurs pour 550 élèves,
après 25 ans d'existence, on dénombre 44 professeurs pour 568 élèves. C'est pendant les années 1960 que la croissance a été la plus forte, l'effectif des élèves étant pratiquement multiplié par
10. Du début des années 1970 au début des années 1980, on note une hausse moins soutenue mais le nombre d'élèves fait néanmoins plus que doubler. Rappelons qu'en 1959, seule 10% d'une classe
d'âge accède au niveau bac ; cette proportion ne va cesser de croître, au niveau national comme à Sainte Marthe.
Cette évolution est le résultat de la croissance démographique et de la "démocratisation" de l'accès à l'éducation secondaire alors en cours en France ; elle a été particulièrement marquée dans
notre lycée.
3 - La diversification des enseignements
Années 1960 :
En 1960 est ouverte une section de Brevet Commercial à deux options, comptabilité et secrétariat, ainsi qu'un Brevet Professionnel Commercial (ils deviendront BEP commerciaux en 1968).
En 1966 est créée une section BSEC (Brevet Supérieur d'Enseignement Commercial), options comptabilité et secrétariat.
1968 voit l'ouverture de classes préparatoires aux professions paramédicales et sociales (TSO), ainsi que d'un baccalauréat GI (Techniques administratives).
Années 1970 :
La préparation au bac B économique et social est mise en place en 1970 ; Sainte Marthe est ainsi le premier établissement catholique de Charente à s'intéresser à ce nouveau bac. La section TSO
est abandonnée cette même année au profit d'une classe préparatoire aux Ecoles d'infirmières.
En 1972 est créée la série G3 (Techniques commerciales), et en 1974 le série F8 (Sciences médico-sociales). En 1975 est fermée la section CAP.
L'établissement offre ainsi à partir de cette période, une quinzaine d'années après sa création, un éventail assez large d'enseignements, s'appuyant sur 3 pôles : enseignement professionnel (BEP
comptabilité, secrétariat, commerce), enseignement technique proprement dit (Bac G1, G3, F8), enseignement général (Bac B). R. Talon, directeur de l'enseignement catholique, écrit en 1975 dans la
brochure de présentation du lycée :
"Si nous jetons un regard sur ce monde qui est le nôtre présentement, nous constatons, dans tous les domaines, que la technique prend de plus en plus de place et évolue à une rapidité
vertigineuse. Il semble bien que notre culture gréco-latine a fait place à celle de la science et de la technologie. Dans cette perspective, notre enseignement catholique ne se doit-il pas
d'offrir aux générations montantes, cette possibilité d'entrer dans les meilleures conditions dans la vie qui s'offre à eux, dans la culture de l'âge technologique, tout en évitant de tuer
l'esprit et de faire de l'homme un robot ?
Les avantages de l'Ecole et surtout d'une école technologique, milieu de culture et d'éducation, ne sont-ils pas d'offrir à la fois les chances d'une préparation professionnelle sérieuse, partant
d'une réussite, dans un monde hautement technicisé, mais en même temps, celui d'une préparation à la vie propre de l'individu et de ses relations avec autrui ? L'Ecole Technique Sainte Marthe à
Angoulême (...) n'a pas finalement d'autre but. (...)"
4 - Agrandissement et aménagements
Années 1960 :
En 1961 est abandonné le site originel de l'école du Sacré Coeur, pour une installation au n°12 de la Place Saint Pierre. On y "dispose" de 6 pièces. Rapidement trop à l'étroit, l'établissement
revient en 1963 au 51 de la rue du Minage. Il est alors nécessaire de réunir les sites de l'école du Sacré Coeur et de l'école Presbytérale donnant sur Fénelon (transférée au petit séminaire de
Richemont) ; les 2 écoles étant adossées l'une à l'autre, la "simple" ouverture du mur de séparation suffit, ouverture correspondant à l'actuel porche entre les deux grandes cours du lycée.
L'entrée principale reste cependant pour longtemps rue du Minage. Ce regroupement permet à partir de 1967 de réaménager en profondeur l'actuel bâtiment B, ancien internat (les dortoirs
deviendront les salles 111-112-115 et 105, la lingerie et les installations sanitaires les salles B 110-114, la chambre du surveillant et l'infirmerie la salle 113).
Années 1970 :
En 1972 est construit l'actuel bâtiment D où sont créées les salles 130-131-132. Dans les années 70, l'ancienne maison canoniale de la rue Fénelon (bâtiment préservé du début du 17ème siècle) est
profondément remaniée : aménagement d'un bureau directorial (actuelle réserve de papiers), conversion de 2 salles de classe en salle des professeurs (à l'emplacement actuel du bureau de la
direction et de sa salle d'attente) et secrétariat ; la salle d'étude prend la place d'un ancien réfectoire ; création d'un labo de langue en 1977 et d'un CDI/salle vidéo installé sous les
combles. Du côté de la rue du Minage, on note l'acquisition en 1973 du 51 bis (à Mme Grangé) et du 47 (à M. et Mme Arbellot) ; des cuisines sont installées à la place d'un garage, tandis que la
"maison Bourdin" est achetée pour être transformée en salles de classe (c'est l'actuel bâtiment F). En 1979 les Soeurs de Sainte Marthe achètent à l'Association des Ecoles Libres de la Charente
le 51, rue du Minage et les 8-10-12 rue Fénelon, locaux que l'établissement occupait déjà en partie.
Années 1980 :
En 1984 est inaugurée l'actuelle salle 100, vaste local devenu indispensable pour les réunions importantes et les examens, dénommée salle "Saint François de Borgia", en l'honneur de la Soeur
directrice (plaque apposée au mur).
5 - Statuts et administration
Le 25 mai 1965, le "Cours Technique Privé Sainte Marthe" devient "l'Ecole Technique Privée Sainte Marthe" ; ce changement permet l'obtention du contrat simple avec l'Etat en 1968 (les professeurs
sont dès lors rémunérés par l'Etat), qui se transforme en contrat d'association en octobre 1970. Cette année est aussi celle de l'introduction de la mixité. L'école prend la nouvelle et dernière
dénomination de "Lycée privé Sainte Marthe" le 28 mai 1979.
Au début des années 1980, Soeur Saint François de Borgia envisage de prendre sa retraite, mais, dit-elle, "(...) il fut impossible de trouver dans notre Congrégation une soeur pour accepter de se
préparer au poste de direction de notre lycée. Il fallait pourtant songer à l'avenir. Alors (...) quelque peu découragée et déçue, la soeur directrice décida à son tour d'abandonner avant de
vieillir trop longtemps à son poste. Le Seigneur fut totalement de son avis puisqu'il fit trouver au sein même de ses professeurs le directeur qui allait lui succèder". M. C. Ruiz, enseignant
l'anglais dans l'établissement depuis 1974, devient ainsi le nouveau directeur de l'établissement à la rentrée 1984 par décision du Conseil de tutelle (Supérieure Générale et Soeurs de la
Congrégation de Sainte Marthe), avec le soutien bienveillant de Soeur Saint François de Borgia. Il est alors le premier laïc et le premier homme à être nommé à la tête d'un des établissements
dépendants de la Congrégation.
En septembre 1992, C. Ruiz, à l'occasion du départ définitif de Soeur Saint François de la communauté de la rue du Minage, lui rend hommage en ces termes dans le Courrier Français :
" Merci d'avoir fait confiance il y a 18 ans au jeune professeur d'anglais inexpérimenté que j'étais. Oserai-je raconter mon premier entretien avec Madame la Directrice du lycée Privé Sainte
Marthe en août 1974 ? Emu et impressionné, je répondais à vos questions, mélangeant toutes les dates. Qui donc était cette directrice, qui comprenait l'anglais, dominait la pédagogie, menait son
équipe (enseignants et non enseignants), gérait, créait, construisait, rénovait, bâtissait ? Une force qui va, aurait dit Hugo. Une religieuse à l'âme d'un bâtisseur qui savait, sait et saura
avant toute chose, donner "une âme" à ses murs et à ses profs. Vous avez su créer un esprit maison que parents d'élèves et professeurs appellent une ambiance familiale. Une grande famille qui
vous respecte et éprouve pour vous de l'affection filiale. Merci de m'avoir renouvelé votre confiance en 1984 en me proposant de prendre la direction du lycée Sainte Marthe. Va et que le Seigneur
guide tes pas, avez-vous dit en décembre 1983. Ces mots qui m'aideront jusqu'au terme de ma mission. Ces mots si pleins d'encouragements, d'optimisme et qui m'apprenaient la confiance et
l'abandon de soi-même. Ces mots qui résonnent dans les moments difficiles. Je connaissais Madame la Directrice, j'ai appris à découvrir Soeur Saint François de Borgia. Admiration et étonnement,
voilà les deux mots qui me viennent naturellement à l'esprit. J'ai appris le dialogue, l'entente et l'amitié. J'ai appris à écouter et à entendre, à écouter et à servir.
J'ai découvert la décision rapide mais toujours sûre, la gestion bien menée, l'enthousiasme et la dignité. J'ai admiré votre dévouement et votre abnégation dans les circonstances pénibles et
douloureuses.
Pour conclure : me permettez-vous de vous dire à mon tour "Va et que le Seigneur guide tes pas". Puis-je terminer ces quelques lignes en remerciant le Seigneur de ne pas les guider trop loin ?
Merci me paraît si fade. Très fidèlement vôtre."